En acceptant l’audit mené par GS1 et le cabinet Traceval, sept industriels et autant de distributeurs* ont accepté de partager et communiquer l’ensemble des enseignements tirés suite à l’introduction des standards de traçabilité GS1** au sein de leur organisation. Les résultats sont prometteurs et l’enjeu est de taille. Via l’expérience acquise par les participants, il s’agit avant tout d’encourager et de véritablement guider le reste des acteurs économiques, PME comme grands comptes, car ne l’oublions pas : le succès de la traçabilité dans la Supply Chain repose avant tout sur l’implication de chacun de ses maillons.
Premier bénéfice constaté : l’augmentation de la productivité. Il est en effet facile d’imaginer le temps gagné à scanner une unité de livraison plutôt que chaque référence d’une palette, avec saisie des quantités et DLUO correspondantes. A elle seule, la productivité permettrait d’économiser entre 0,3€ et 0,6€ par palette. Autre avantage induit : l’optimisation de la rotation des camions. Moins d’attente avant d’obtenir le feu vert du contrôleur, c’est un camion libéré et un quai disponible plus tôt. Résultat : un temps d’immobilisation en chute. Une donnée importante lorsqu’on sait que la fonction « transport » est devenue une priorité pour les entreprises en raison entre autres de l’augmentation de la fréquence de livraison, une réglementation plus stricte et une pénurie de chauffeurs omniprésente. Là encore, combinés à la diminution des refus de camions liés aux retards, les gains s’élèvent de 1 à 2€ par palette.
En plus de l’augmentation de la qualité de la prestation, moins d’erreurs et donc un meilleur taux de service, c’est l’ensemble des coûts associés à la gestion des litiges entre deux acteurs qui se pose. Lorsqu’on sait qu’une erreur de quantité coute en général de 50€ à 100€ par affaire traitée, l’économie est non négligeable sur la quantité de litiges annuels gérée par un industriel.
Enfin, initialement mise en oeuvre pour pister l’origine d’un défaut de qualité puis pour identifier et isoler le reste du lot concerné, la traçabilité est une aubaine dans la gestion des retraits rappels. Lionel GUIVARCH, dirigeant du cabinet Traceval, note néanmoins ici que l’ensemble de la gestion des retraits rappels aurait à gagner d’une meilleure coordination des acteurs concernés. Hétérogénéité des informations utilisées, réactivité qui diffère suivant le système d’information du maillon, livraison d’informations trop progressive, etc. sont quelques uns des constats sur lesquels un vrai travail de collaboration est encore nécessaire.
Les bénéfices globaux sont indubitables, convenons-en. Oui mais à quelle condition ? Et quels sont les coûts associés à l’implémentation de telles procédures dans une entreprise ?
Les couts liés à la mise en place d’une véritable traçabilité est bien entendu variable en fonction de la taille de la structure concernée, comme le rappelait Nathalie DAMERY, directrice marketing stratégique et communication de GS1 dans l’interview radio de PSC la semaine dernière. Néanmoins une chose est sûre : le retour sur investissement associé à ce type projet est en moyenne obtenu au bout de trois ans et ce, à la condition suivante : il faut atteindre la masse critique. Il est en effet nécessaire pour l’entreprise de pouvoir traiter un volume suffisant de colis dotés des standards GS1 pour en mesurer les bénéfices. Autre frein : le manque de conviction peut être à l’origine d’un manque de qualité à la mise en œuvre. « Un gros travail de process est indispensable » signalera l’un des participants audités. Une série de négligence peut en effet mettre en question le succès du projet : une qualité d’impression d’étiquette insuffisante, une mauvaise présentation de l’étiquette lors du contrôle, etc.
A l’issu du rendu des résultats de l’audit, le sentiment resta unanime quant au retour positif suivant la mise en œuvre de la traçabilité. Les bénéfices sont quantifiables et ce, en respectant un certain nombre de prérequis. Par cette étude, GS1 a su mettre en lumière les avantages de « bonnes » procédures de traçabilité en ayant recours à son standard 128. L’auditoire est convaincu, reste à convaincre les autres acteurs et membres de l’organisation paritaire. La prochaine étape consistera à mettre en place une « démarche concrète » de sensibilisation et d’incitation auprès d’eux. Car si l’ensemble des intervenants de la chaîne logistique se mettent à la traçabilité, il est fort à parier que les gains associés seraient à reconsidérer à la hausse. Tel est le projet de GS1, doué d’arguments et de retours d’expériences plutôt très positifs pour y parvenir !
La rédaction de Physical Supply ChainS
* : Bel, Bénédicta, Bonduelle, Kronenbourg, Mericq, Pains Jacquet et Socavi pour les industriels. Auchan, Carrefour SPC, Casino, Cora, Intermarché, Leclerc et Monoprix pour les distributeurs
** : étiquette GS1 128 et avis d’expédition DESADV, plus particulièrement dans la filière agro-alimentaire