Les différences entre la logistique commerciale classique et la « logistique extraordinaire » à caractère humanitaire sont nombreuses. La plus évidente réside évidemment dans le caractère vital de l’aide humanitaire. De ce fait, les contraintes de coûts, de qualité et de délais se font plus exacerbées : l’urgence raccourcit les délais, le budget demeure limité, et la qualité plus que requise pour atteindre l’objectif.
Concrètement, une opération de logistique humanitaire est tout aussi complexe et contraignante : l’environnement est hostile du fait des catastrophes naturelles ou politiques à l’origine des missions, d'un personnel logistique rare et peu qualifié dans les régions en difficulté, de l'absence d'eau et d'électricité, de cadres juridiques et d'infrastructures routières problématiques, d'une omniprésente insécurité ainsi que de barrières douanières coûteuses.
Entre le court et le long terme, un arbitrage complexe
Dans un tel contexte, la difficulté se situe à deux niveaux.
Tout d’abord dans la mise en place et le maintien provisoire d’un flux logistique régulier pour parer à l’urgence des situations, qui nécessite une planification méticuleuse des opérations en amont malgré le délai, et ce depuis l’approvisionnement en denrées et matériels jusqu’à la livraison et au retour des équipes. Dans ce domaine, les ONG d’aujourd’hui disposent d’une logistique dont la professionnalisation avance à grands pas, avec des organisations dédiées pouvant atteindre la centaine de personnes. Nous sommes loin des résultats aléatoires des missions moins ambitieuses d’il y a trente ans.
Difficile pourtant de maintenir l’afflux continu de marchandises en termes de transports : le partenaire extérieur doit pouvoir apporter d’importants volumes en un délai record, en faisant preuve de flexibilité relativement aux limites de capacité d’entreposage et des infrastructures locales.
Ensuite, le second grand challenge consiste à marier cette gestion d’urgence à l’efficacité d’une action à long terme, et donc l’immédiat au durable. Ce qui passe par l’acheminement de matériaux et de compétences pour la construction ou l’installation d’équipements collectifs. Résoudre une catastrophe passe aussi par la résolution anticipée de potentielles catastrophes ultérieures et similaires…
Logistique humanitaire, un marché des prestations à construire
Malgré les progrès réalisés, la modernisation logistique suit encore son cours, avec des opportunités nouvelles offertes par les places de marché électroniques et l’information en temps réel sur les stocks disponibles et les quantités à approvisionner.
Pas toujours évident malgré tout pour un prestataire logistique classique de relever ce genre de défi. Un vide semble exister en termes de prestations. C’est pourquoi les acteurs de l’humanitaire se retrouvent généralement en face des interlocuteurs exceptionnels que sont armées et ministères. Des associations indépendantes spécialisées en logistique humanitaire se montent aussi en partie pour dépasser cette lacune.
La mission humanitaire est au final un projet logistique d’envergure. Et même si le client final n’existe pas sous sa forme classique en bout de supply chain, les objectifs de coûts, de qualité et de délai sont à justifier par une communication adaptée auprès de donateurs exigeants, d’autant que ces derniers soupçonnent souvent mal l’étendue du défi logistique à relever. À justifier également par des résultats sur le terrain pour les populations touchées…
Résumé réalisé par Physical Supply Chains à partir du Journal de la Logistique (Numéro 71 – décembre 2009 – « Dossier spécial logistique de l’extrême : une action humanitaire, des logistiques extraordinaires »).
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