1) La traçabilité est entrée parmi les priorités numéro 1 de nos industriels et distributeurs ces dernières années. Pourquoi vit-on un tel engouement à son égard ? Quels en sont les enjeux ?
L'enjeu fondamental est la sécurité sanitaire des consommateurs ou des patients. C'est pourquoi je ne parlerai pas d'engouement, mais plus précisément de nécessité. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'on appelle traçabilité : la traçabilité c'est l'aptitude à retrouver l'historique d'un produit en une chaîne ininterrompue d'informations. La traçabilité c'est donc de l'information, écrite sur papier ou mise en forme dans une base de données et communicable.
Ce sont les crises alimentaires successives qui ont focalisé l'attention et augmenté les attentes des consommateurs. D'où l'augmentation de lois, de normes et de règlements qui concerne aujourd'hui l'environnement industriel et commercial. Mais ce sont la diversité des chaînes, la production en masse et l'allongement de la chaîne d'approvisionnement qui font de la traçabilité un problème majeur. Plus les acteurs sont nombreux et dispersés géographiquement, plus il devient difficile techniquement et pratiquement d'assurer une traçabilité totale. C'est pourquoi les entreprises se sont mobilisées sur cette question.
Au-delà de la réglementation, et du point de vue des acteurs du commerce les enjeux sont incontournables : assurer la sécurité du consommateur, maîtriser les flux logistiques et optimiser les rappels de produits, profiter d'un atout commercial ou protéger une image de marque…
2) Côté réglementation, pouvez-vous nous préciser quelles sont les obligations des industriels et des distributeurs ?
La traçabilité est un concept très ancien … sa modernité, sa réactualisation dans les années 2000 tient au fait que c'est la gestion dans le temps et dans l'espace qu'il s'agit aujourd'hui de prouver. Concrètement, il faut pouvoir retrouver, à l'instant voulu, qui à fait quoi et où est le produit, et qui a fait quoi dans la chaîne des fournisseurs.
La traçabilité a été définie en 1987 par la norme NF EN ISO 8402 comme : " l'aptitude à retrouver l'historique, l'utilisation ou la localisation d'une entité au moyen d'identifications enregistrées ". La traçabilité d'un produit concerne donc l'origine des matériaux et des pièces, l'historique des processus appliqués au produit, la distribution et l'emplacement du produit après livraison.
C'est le sens du règlement européen (CE) n° 178/2002, qui concerne l'ensemble des entreprises du secteur agroalimentaire et instaure, à l'article 18, une obligation générale de traçabilité depuis le 1er janvier 2005. Les exploitants doivent être en mesure d'identifier leurs fournisseurs et leurs clients, de disposer de systèmes permettant de mettre ces informations à la disposition des autorités compétentes. L'article 19 définit quant à lui les responsabilités des exploitants en matière de traçabilité et de sécurité alimentaire.
3) Quels sont les secteurs les plus concernés par la traçabilité ? Quelle filière est-elle la mieux dotée ?
Cela concerne essentiellement les industries agroalimentaires, y compris le secteur de l'emballage, mais également le textile, la gestion des déchets, la restauration hors domicile, l'aéronautique, la pharmacie ou la santé par exemple avec le suivi des dispositifs médicaux.
Tous les secteurs se trouvent aujourd'hui impactés en matière de traçabilité mais certaines filières, y compris agroalimentaires, sont plus complexes que d'autres pour répondre aux exigences de traçabilité.
Prenons l'exemple des acteurs de la filière agricole pour lesquels la transmission des informations et des caractéristiques associées aux produits est un sujet de préoccupation majeure. Des interrogations subsistent sur le règlement CE n°178/2002. La traçabilité interne, quoi que non réglementaire, ne doit pas être négligée.
On pressent également un décalage important entre les filières en ce qui concerne la mise en place de systèmes de traçabilité. La nature du produit à tracer est l'une des difficultés qui nous mobilise actuellement, puisque certains produits dits "individualisés" ne posent pas de problème, alors que d'autres dits "continus", c'est à dire faisant l'objet de mélange (comme le lait, les céréales ou le vin) sont plus difficiles à tracer et nécessitent le recours à la définition de lots. Dans le secteur Amont agricole, pour rester dans cet exemple, le potentiel technique pour renseigner cette question du lot varie largement d'une entreprise à l'autre. Les transactions via téléphone, fax ou support papier offrent beaucoup moins de fiabilité que l'identification optimisée par EDI. On perçoit bien là que l'aptitude de chaque société à identifier un produit donné et à assurer les activités de suivi est directement liée à ses capacités techniques.
4) Citez-nous quelques outils concrets mis en œuvre pour s'assurer d'une bonne traçabilité ?
La mise en œuvre et la réussite de la traçabilité reposent essentiellement sur l'identification des produits (des matières premières jusqu'à leur commercialisation), Là encore, il s'agit d'une question de suivi tout au long du circuit d'approvisionnement et ce, à chaque passage d'une entreprise à l'autre, associé à l'organisation de l'échange des informations. L'étiquette logistique GS1, le SSCC, les messages "avis d'expédition" DESADV et "avis de réception" RECADV notamment, permettent cette association entre flux physique et information.
Au-delà du code à barres et de son organisation en EDI, la RFID avec le système EPC constitue une autre réponse opérationnelle de traçabilité. La performance repose sur 3 principes : l'identification à l'unité, la technologie (RFID) et un réseau de partage de données. Les champs d'application sont très nombreux : traçabilité, authentification des produits, lutte contre la contrefaçon, retrait de produits …
Le récent développement du réseau international EPC en France reposant sur le nommage des objets RFID, va, de plus, permettre un réseau de traçabilité des marchandises. Les professionnels s'engagent désormais dans une démarche d'envergure pour apporter des réponses et résoudre les problèmes de traçabilité. L'interconnexion de l'ensemble des acteurs partenaires de la chaîne de traçabilité (tous les fabricants, transporteurs, logisticiens et distributeurs) va pouvoir échanger, en temps réel, des informations d'un bout à l'autre de la chaîne d'approvisionnement. L'Internet des Objets offrira demain le meilleur des systèmes de traçabilité au service du consommateur!
5) Vous avez récemment réalisé une étude conjointement avec Trace One : « la traçabilité perçue par les consommateurs des 5 continents » (voir notre article en cliquant ici).
Quels sont les résultats de cette enquête ? Comment est perçue la traçabilité du coté des consommateurs ?
Vaste question ! A qui font-ils confiance en matière de sécurité alimentaire ? Perçoivent-ils tous les enjeux qui se cachent sous ce terme ? Les clients français, chinois, russes de Carrefour, Casino ou d'Auchan ont-ils les mêmes attentes, les mêmes craintes ? Les pays émergeants ont-ils la même sensibilité que les pays industrialisés où la nourriture, par exemple, est particulièrement déconnectée de la production des matières premières ? Qu'attendent-ils des nouvelles technologies de traçabilité ? Quels sont leurs souhaits en matière d'information ? Pour le savoir et surtout mesurer ces perceptions nous avons réalisé cette année un sondage* auprès de consommateurs résidant en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Australie, au Brésil, en Afrique du Sud, en Chine et en Russie.
La conclusion de cette étude ? La traçabilité est entrée dans les mœurs, elle assure le suivi des produits, garantit l'origine de la matière première et permet d'assurer un risque minimum. Les médicaments et les matières premières dans l'alimentaire représentent les enjeux principaux. Tout ce qui s'ingère fait peur ! La traçabilité, la confiance envers les fabricants et les distributeurs permet de stabiliser voire de diminuer le risque perçu.
* : tous les résultats sont mis en ligne : www.gs1.fr