Physical Supply ChainS : Jean-François PERRILLAT, bonjour. Vous êtes responsable du pôle conseil opérationnel et technologique pour le secteur de l'industrie manufacturière au sein d'Atos Origin Intégration France. Présentez-nous l'objet de cette étude et les principales conclusions que vous en tirez ?
Jean-François PERRILLAT : Avant de vous répondre, il me paraît important de vous donner des éléments de contexte.
Les flux de marchandises ne cessent de s’intensifier et de se complexifier. Notre économie est de plus en plus organisée en réseaux où chacun dépend de partenaires en amont et en aval. De plus, les chaînes logistiques sont de plus en plus tendues, basées sur la haute performance du transport et la gestion en juste à temps. Tout ceci accentue la vulnérabilité de l’entreprise. Il faut se rappeler que la force d’une chaîne ne peut dépasser la force de son maillon le plus faible. Or une simple observation montre que dans la grande majorité des chaînes logistiques, l’un des chaînons est une PME du transport routier de marchandises. Sont-elles le maillon faible ? Qui aurait intérêt à ce qu’il se renforce ?
En France, les PME du transport routier de marchandises connaissent une fragilisation et sont rendues plus vulnérables. Il a été noté que l’une des raisons principales est un retard dans l’adoption de la technologie de l’information.
A Atos Origin, en qualité de société internationale, nous avons l’avantage de pouvoir porter notre observation au delà de nos frontières. Nous avons pu remarquer que dans les pays d’Europe du nord, alors que les conditions de rémunération des personnels sont très semblables à celles de la France, les entreprises de transport et de logistique y connaissent un essor important alors que dans le même temps, en France, leurs homologues françaises sont en stagnation. Deux clés à cet essor : solidarité et informatisation.
Nous avons voulu apporter, à ce secteur en France de l’acheminement des marchandises, notre savoir-faire conseil et en technologies de l’information pour l’aider à y trouver une voie à l’amélioration de la compétitivité.
Pour appuyer notre action, nous avons sollicité le soutien du ministère des transports qui nous l’a accordé. Les objectifs que nous avons conjointement fixés, furent :
- de trouver des solutions, aptes à rendre la sûreté et la traçabilité du transport de marchandises, simples et économiques.
- de les présenter sous un angle original qui les rend attractives aux professionnels.
L’objet de cette étude est l’informatisation des entreprises de transport de marchandises, moyen à travers lequel elles peuvent non seulement trouver un gain de compétitivité mais encore renforcer leurs chaînes de la valeur.
Une première conclusion que nous avons retirée de l’étude est que le flux d’information ne doit plus simplement être synchronisé avec le flux physique, mais il doit, en parti, le devancer comme par exemple avec le 24 hours Advanced Shipment Notice. Le Track & Trace impose cette anticipation. Pour réagir efficacement, il faut pouvoir anticiper et prévoir.
L’étude a confirmé deux autres points. D’un coté l’importance de la menace que constitue le vol de marchandises et d’un autre coté la circonspection de nombres de professionnels du transport à l’égard de l’informatique.
Nous avons utilisé cette situation pour prendre une démarche innovante de l’informatisation : Faire de la maîtrise du risque un levier à l’informatisation. Cette approche s’appuie sur l’observation suivante : Si l’intention de s’équiper de nouveaux moyens est généralement motivée par la perspective de gain de chiffre d’affaires et d’amélioration de la rentabilité que leur utilisation va générer, la décision d’investir s’impose lorsqu’il y a à faire face à une menace imminente.
En définitive, pour atteindre les objectifs de l’étude, nous devions nous mettre en capacité de répondre aux deux questions suivantes :
- En quoi la réduction des risques d’une entreprise peut-elle être aussi un facteur de gain de parts de marché et d’augmentation des marges ?
- En quoi, rendre plus sûr et mieux tracé le transport de marchandises, va t’il permettre d’accroître la performance de l’entreprise ?
Donner les clefs pour transformer en avantage compétitif ce qui est perçu comme une contrainte devenait ainsi l’objectif majeur de l’étude "sûreté et traçabilité dans le transport de marchandises".
PSC : Quels sont les défis d'aujourd'hui auxquels sont confrontées les entreprises de transport de marchandises ?
JFP : Capter, traiter et restituer des informations sont devenus des enjeux majeurs pour la préservation de la compétitivité des entreprises de ce secteur où la complexification, les risques de perturbation et l’accélération des flux imposent l’automatisation des traitements et la numérisation des échanges d’information pour la continuité et la sécurité de la chaîne.
Les PME du transport ont à faire face à des menaces persistantes et croissantes comme la forte récurrence du vol de marchandises, le renforcement des réglementations, la concurrence exacerbée, la pression des donneurs d’ordre pour un surcroît de qualité, l’engorgement du réseau routier et le renchérissement durable du prix des carburants.
Pour une entreprise de transport, le défi principal c’est l’engagement de service et de qualité (ponctuel, tracé, sûre, indemne et intact) sur des prestations à valeur ajoutée. Mais est-ce juste de ne poser cette question que pour les entreprises de transport ?
A mon avis non. Il faudrait s’interroger sur les défis que doit relever la chaîne logistique dans sa globalité.
En cas de sinistre, de retard, de dégradation ou de vol de marchandises, les entreprises de transport sont-elles les plus pénalisées dans la chaîne logistique ? Ne serait-ce pas le distributeur qui pourrait perdre des clients qu’il ne peut satisfaire ?
L’un des défis pour les chargeurs, distributeurs, logisticiens et grands transporteurs, c’est de bien apprécier le niveau de vulnérabilité de l’acheminement de marchandises et de mettre en regard les protections requises pour ne pas voir les autres efforts d’optimisation réduits à néant.
PSC : Pourquoi à Atos Origin vous êtes-vous mobilisés pour apporter conseils et solutions ?
JFP : Parce que nous avons la ferme conviction que les technologies de l’information et de la communication sont, lorsqu’elles sont bien utilisées, un vecteur de performance et de compétitivité. Elles sont intrinsèquement un facteur de modernité et un levier à l’innovation. Nous saisir des problèmes de nos clients et y apporter des solutions est partie intégrante de notre mission et de nos offres de valeur.
Nous avons eu un grand plaisir à rencontrer les professionnels. C’est une équipe de consultants pleinement motivée qui a mené plus d’une centaine d’interviews avec des responsables d’entreprises qui représentaient les différents types de fret et les divers modes de transports, les donneurs d’ordre et les prestataires. Ce sont ensuite plusieurs dizaines de fournisseurs de logiciels et d’équipements qui ont eu à démontrer les apports bénéfiques de leurs solutions.
Ils ont tous contribué au résultat probant de cette étude et doivent en être remerciés.
PSC : Quels conseils et solutions apportez-vous à ces professionnels ?
JFP : Nous n’apportons rien de miraculeux. Nous donnons un nouvel éclairage, une nouvelle approche qui se résume en trois points : une méthode, une solution, un modèle économique.
La méthode est basée sur un questionnement, simple et efficace, pour obtenir un diagnostic sur la gestion des risques d’entreprise :
- La complexité de "l’entreprise étendue" est-elle transparente ?
- Les interdépendances des risques et les impacts financiers potentiels sont-ils bien compris ?
- Quelles actions mettons-nous en place pour veiller et atténuer ces risques ?
- Quel est le coût de ces actions et sont-elles alignées avec nos objectifs stratégiques ?
- Comment les informations internes et externes relatives aux risques sont-elles captées ?
- Utilisons-nous ces informations de manière efficace ?
Chaque entreprise se doit de se doter des moyens de communication et des processus internes et externes qui permettront une meilleure gestion proactive de ses risques. Savoir évaluer sa vulnérabilité est un facteur vital pour l’entreprise.
La solution est une combinaison d’équipements et de procédures. Certains équipements peuvent être des moyens très bon marché utilisés par le grand public comme le téléphone portable ou une webcam. Ces moyens sont moins coûteux que des moyens professionnels et il n’y a plus besoin de s’adapter à leur emploi, d’où une très faible résistance au changement.
Le modèle d’acquisition est le mode ASP ou SaaS qui a beaucoup progressé en qualité et sécurité ces dernières années est sans conteste une excellente solution. Pour preuve, les grandes entreprises l’adoptent et ne craignent plus de voir leurs données hébergées par un tiers. Ceux qui y sont encore réticents devraient s’interroger sur ce qu’il adviendrait si le réseau électrique ou le réseau téléphonique venait à tomber en panne. Pourraient-ils encore exercer leur activité ?
En conclusion si nous devions apporter un conseil aux professionnels de la chaîne logistique physique, nous leur dirions : « Mettez la technologie de l’information à votre service et travaillez ensemble en collaborant les uns avec les autres ».
Pour les aider à bien s’y prendre, nous les inviterions à lire les deux livres qui viennent de paraître aux éditions Economica sous l’impulsion du ministère de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables : « Transport de marchandises, faire du risque un allié de la performance » (
voir présentation du livre ) et « Logistique collaborative, une question d’avenir ».
Propos recueillis par Physical Supply ChainS auprès de Atos Origin