Le programme FLUMILOG est né début 2006 à l’initiative d’un groupe de travail réunissant plusieurs partenaires publics et privés, avec le soutien du Ministère de l’Environnement, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire (*). Le programme bénéficie de la participation active de deux autres partenaires : Afilog, association qui regroupe les différents métiers de la logistique pour mieux faire connaître cette activité, promouvoir les bonnes pratiques et contribuer à faire évoluer la réglementation. La société d’ingénierie GSE, fondatrice du métier de contractant général, a quant à elle mit ses compétences au service de la construction des infrastructures utilisées dans le cadre des différents essais.
Quelle finalité ? Elaborer une méthode de calcul de référence
Le projet FLUMILOG s’intéresse à la mesure de l’impact des flux thermiques lors d’un incendie d’entrepôt. En effet, il n’existe à ce jour aucune méthode de calcul de référence : chaque bureau d’études applique sa propre formule pour déterminer les distances d’effets de la chaleur dégagée par les flammes. Or pour obtenir une valeur significative, il est indispensable de recourir à une méthode validée par des essais représentatifs, et également opératoire quelles que soient les spécificités des entrepôts de stockage et des matériels stockés.
Connaître avec précision l’impact des flux thermiques est pourtant une donnée essentielle pour réduire les risques associés à un incendie. Elle permet d’adapter les dimensions des infrastructures d’entreposage, d’ajuster le dispositif d’écrans thermiques, de déterminer avec exactitude la distance de sécurité à respecter autour des installations. FLUMILOG contribue également à faire évoluer la réglementation dans le sens d’une plus grande liberté de conception pour une meilleure sécurité des personnes et de l’environnement.
Par ailleurs, grâce à FLUMILOG, les démarches administratives seront simplifiées pour les industriels et les logisticiens. Du fait de l’absence de méthode de calcul de référence sur les effets d’un incendie, les données étaient difficiles, voire impossibles à valider. De fait, la mise au point d’un projet immobilier, puis le traitement des dossiers d’autorisation constituent un processus long et complexe. Ce contexte favorise aussi un manque de cohérence : les arbitrages rendus sur les dossiers d’autorisation sont très variables d’une région à l’autre.
Autre conséquence positive pour les professionnels, les résultats obtenus au cours du programme pourront aider à orienter les techniques de construction nouvelles, à réduire le coût de construction et d’entretien des bâtiments, à optimiser l’implantation des installations par rapport à l’assiette foncière.
Une méthodologie de recherche fondée sur l’essai expérimental
Après avoir mis au point un modèle théorique pour déterminer les distances d’effets des flux thermiques, l’équipe projet s’est intéressée aux premières expérimentations avec des essais en laboratoire, en maquette ou en taille réelle. Puis, pour estimer le poids du facteur d’échelle dans la méthode de calcul, des essais en moyenne et grande échelle ont été réalisés. Plusieurs paramètres ont pu ainsi être vérifiés : les scénarios d’incendie, l’influence de la nature du combustible et de sa disposition, l’influence de la nature et la configuration des matériaux de construction, la géométrie des flammes.
Une première campagne d’essais à moyenne échelle sur le site du CNPP dans l’Eure a ainsi débuté le 18 septembre 2007, en présence de plus de 200 professionnels de la logistique et de la sécurité. Un bâtiment de 96 m2 a été incendié pour étudier l’influence de la charge combustible sur la géométrie et la dimension des flammes. D’une hauteur de 3,50 m, il était doté de deux façades en béton cellulaire et une en bardage double peau pour recréer les conditions d’un véritable feu d’entrepôt. La quatrième paroi et le toit étaient en contreplaqué afin de s'effacer après un certain temps et ainsi de permettre l’enregistrement des données sur un flux thermique maximal. Le bâtiment contenait du matériel métallique et des équipements à base de cellulose.
32 thermocouples (24 à l’intérieur des palettes et 8 à répartis par paires sur chacune des parois), 20 fluxmètres (5 devant chaque façade) et 8 radiomètres (2 devant chaque façade) ont été installés aux abords pour les mesures et l’incendie a été enregistré par des caméras classiques (une devant chaque façade) et une caméra infrarouge. L’enregistrement des conditions météorologiques a également fait partie de l’évaluation.
La seconde campagne a concerné un essai, à grande échelle, effectué à l’automne 2008, sur une plate-forme de près de 860 m2, d’une hauteur de 12 m, dotée d’une structure métallique, comprenant trois façades en métal (bardage acier simple et double peau) et une en béton et plâtre. Ces dimensions donnent la possibilité d’extrapoler les résultats à des surfaces très supérieures. Les produits stockés étaient composés de 340 tonnes de bois dans des racks métalliques, représentant 80% du volume de stockage disponible. Des procédures identiques aux premiers essais ont été employées pour mesurer les flux (hauteur, distance…), la température ainsi que le comportement des flammes : 200 thermocouples, une quarantaine de fluxmètres et une dizaine de caméras ont été disposés autour du bâtiment ainsi qu’à l’intérieur.
Quels aboutissements ?
Les travaux de recherche et de développement ont été présentés le 13 octobre dernier lors d’une journée ouverte à plus de 150 personnes qui jouent un rôle à divers niveaux de la construction d’entrepôts : administration, logisticien, bureaux d’étude, services de secours…La méthode développée y a ainsi été présentée avec des applications et des cas concrets pour visualiser les résultats produits.
Parmi les thèmes abordés, ont figuré également la façon dont cette méthode pourra être intégrée en particulier pour le nouveau régime d’enregistrement créé pour les entrepôts couverts. L’objectif d’une application à d’autres rubriques que la 1510, telle que les rubriques 2662 et 2663, et 1530 est visé.
FLUMILOG est ainsi passé au stade opérationnel avec des applications futures dans la construction d’entrepôt. Une initiative à saluer et à suivre, puisqu’en plus de mettre tous les acteurs du secteur d’accord sur les normes à respecter en matière d’incendie, c’est bien sûr l’utilisateur final et l’Homme qui en sortent davantage en sûreté face aux risques incontournables de l’incendie.
Source du communiqué : GSE
*Les travaux de recherche sont conduits par trois partenaires, l’INERIS, le CNPP et le CTICM. L’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS) a pour mission de contribuer à prévenir les risques que les activités économiques font peser sur la santé, la sécurité des personnes et des biens, l’environnement. Le Centre National de Prévention et de Protection (CNPP) a pour vocation de développer, diffuser et évaluer les connaissances et savoir-faire en sécurité des personnes, du patrimoine matériel et immatériel, de l’environnement. Le Centre Technique Industriel de la Construction Métallique (CTICM) a pour objet de promouvoir le progrès des techniques, et de garantir la qualité dans l’industrie de la construction métallique associée à un niveau de sécurité adéquat. D’autres instituts ont ensuite rejoint ce projet comme notamment l’IRSN et Efectis.
FLUMILOG a reçu le soutien de partenaires industriels : le Syndicat de la Construction Métallique de France (SCMF), seule organisation patronale représentative de l’activité, ainsi que le numéro un mondial de la sidérurgie, ArcelorMittal.