Dans leur étude intitulée "quels relais de croissance pour la distribution alimentaire internationale : mondialisation, diversification ou consolidations régionales ? ", les experts économiques et les experts métiers de l'assureur-crédit Euler Hermes SFAC examinent l'état de santé du secteur ainsi que ses perspectives au niveau international. Afin de faire face à une érosion de ses marges, la distribution alimentaire internationale est contrainte de trouver de nouveaux relais de croissance. En France, l'assureur-crédit note que la refonte de la loi Galland et la restauration de la concurrence entraînent une dégradation régulière des marges et fragilisent les plus petites affaires dont les défaillances sont en hausse.
1. Recherche de relais de croissance à l'étranger, mais l'internationalisation a ses limites
La croissance de l'activité est tirée par l'étranger. Euler Hermes SFAC observe que la croissance à l'étranger est deux fois plus rapide que la croissance totale. A titre d'exemple, la croissance moyenne du chiffre d'affaires à l'étranger de TESCO a atteint 17,9% entre 2004 et 2007 contre une progression de 8,2% de son chiffre d'affaire consolidé sur la période. Quant à Wal-Mart et Carrefour, les croissances moyennes de leur chiffre d'affaires à l'étranger ont respectivement atteint 16,8 % et 8,4 % entre 2004 et 2007 contre une progression de 7,2 % et 3 % de leur chiffre d'affaire consolidé sur la même période.
Ahold et Delhaize* réalisent près de 80% de leur activité à l'étranger, mais essentiellement aux Etats-Unis. Les groupes les plus internationalisés sont Carrefour, Metro et Auchan, le premier réalisant un chiffre d'affaires à l'étranger de 56 milliards d'euros estimés en 2006, contre 42 milliards d'euros pour le leader Wal-Mart qui est pourtant 3 fois et demi plus gros.
" Nous observons qu'aucun acteur n'est réellement mondial. En effet, si l'on analyse la répartition du chiffre d'affaires consolidé, la diversification hors de la zone domestique est de l'ordre de 20 %. Le poids des pays émergents est encore faible, mais pourrait représenter un relais de croissance à moyen long terme. Quant à la rentabilité à l'étranger, elle est encore insuffisante. Les différents acteurs sont donc amenés à opérer des recentrages", commente Annie Girac, conseiller sectoriel Euler Hermes SFAC.
2. Recentrage géographique des distributeurs alimentaires
Les distributeurs se désengagent des pays dans lesquels ils n'ont pas la taille critique. Carrefour, numéro 2 mondial, s'est par exemple retiré des pays dans lesquels sa part de marché est faible pour financer l'expansion et les acquisitions tactiques dans les pays cibles : notamment en Chine, avec l'ouverture de 22 hypermarchés en 2006.
- La concentration par grandes zones
La concentration est faible en Asie, en Europe (autour de 10% estimés) et même en Amérique du Nord, à l'échelle du continent elle devrait continuer. Les opérations transfrontalières sont plus rares (Wal-Mart/Asda en 1999 et Auchan/Rinascente en 2002). La restructuration d'Ahold (cessions d'actifs…) pourrait préfigurer un rapprochement avec le belge Delhaize, les deux acteurs réalisant l'essentiel de leur activité aux Etats-Unis.
- La consolidation devrait se poursuivre prioritairement sur les marchés locaux, dans des pays où le taux de concentration est faible : tels que les pays d'Europe du Sud (Italie, Grèce..) et de l'Est, en Asie et aux Etats-Unis.... mais aussi, dans les grands pays européens, comme l'Allemagne ou la France où, bien qu'élevée, la concentration n'est pas arrivée à son terme.
" Cette consolidation se ferait via des opérations tactiques, sur le modèle du rachat des hypers de Wal-Mart en Allemagne par Metro en 2006, par le rachat d'affaires de taille moyenne ou encore via une opération stratégique majeure ", commente Annie Girac.
*Privilégiant une approche économique, nos experts ont considéré que la zone domestique pour Delhaize et Ahold était l'Amérique du Nord, compte tenu de la part prépondérante de l'activité réalisée aux USA dans le CA consolidé (plus de 70%).
3. Diversification du mix avec une augmentation des MDD et un développement du non alimentaire et des services
- Augmentation de la part des marques de distributeurs (MDD) pour relancer les ventes sur un marché stagnant
Les grands distributeurs s'inspirent du modèle anglais et développent tous la part des MDD dans leur mix produit, notamment dans les pays qui sont en retard dans ce domaine, comme la France. La part des marques propres est très élevée au Royaume-Uni. Elle dépasse 40 % des volumes de vente et plus de 50 % chez Tesco qui a une offre segmentée. Le poids important des MDD dans le chiffre d'affaires de Tesco et les gains de productivité liés au modèle EDLP* contribuent à la forte rentabilité opérationnelle du groupe, proche de 6 % du chiffre d'affaires.
- Développement du non alimentaire et des services mais forte concurrence des spécialistes
Les distributeurs élargissent leur offre non alimentaire sur des marchés porteurs : culture, téléphonie mobile, micro-informatique... Chez Tesco, le non alimentaire représente 20 % du chiffre d'affaires et croît deux fois plus vite que l'alimentaire. Sa part de marché a été portée en 2 ans de 4,2% à 7% en 2005. Wal-Mart développe ses ventes en " non food " qui représentent 44% de son chiffre d'affaires grâce à l'expansion de ses " Supercenters "
Les distributeurs lancent des offres de téléphonie mobile : Tesco en 2003 (1,5 millions de clients en 2005/06), Carrefour en Belgique en 2006 et les hypers en France en partenariat avec Orange.
" En France, les GSA n'ont, jusqu'à présent, pas réussi à développer leur part de marché qui s'est même érodée ces 5 dernières années, perdant 1 point à 18,8 % estimés en 2006, dont 13 % pour la part de marché des hypermarchés. La stratégie de conquête de parts de marché est rendue difficile par la prédominance des spécialistes. Ceux-ci contrôlent 42% de parts de marché ", commente Anne Klemm-Jourdan, arbitre Euler Hermes SFAC.
4. Des acteurs français fragilisés par une rentabilité qui se dégrade
- Premier bilan de la Loi Dutreil, intensification de la concurrence entre enseignes
Euler Hermes SFAC observe que le rythme d'évolution des prix dans la grande distribution est inférieur à celui de l'indice général. Il y a une décélération de plus de 2 points des prix de vente des grandes marques depuis le début de l'année. En 2006, la hausse des barèmes de prix des fournisseurs - dans une fourchette allant de 3% à 5 % - ne s'est pas traduite par une hausse du prix de vente en magasin, dans la mesure où les distributeurs ont pu répercuter une partie des marges arrière.
- Une rentabilité dégradée pour les grands groupes et l'ensemble du secteur
Les marges des grands groupes en France ont continué de se dégrader en 2006-2007. La marge d'exploitation moyenne France est passée de 5,5% en 2004 à 4,7% estimés en 2006 et 4,6% prévus en 2007.
Euler Hermes SFAC observe ce même phénomène sur l'ensemble du secteur. " Dans notre échantillon de 4000 bilans, la dégradation de la rentabilité est très sensible dès 2005 et l'érosion des marges se poursuit en 2006-2007. La marge d'exploitation de 1,9% en 2005 est estimée à 1,5% en 2007 ", commente Anne Klemm-Jourdan.
Ce secteur est fragilisé : en 2005 les niveaux de capitalisation des affaires de taille moyenne ont baissé. Quant à la sinistralité, elle augmente, avec une nouvelle hausse des défaillances dans le commerce alimentaire en 2006 – 83 défaillances soit +12,2 % par rapport à 2005 - et une poursuite de la tendance à la hausse prévue sur 2007 – 91 défaillances estimées soit +10 % par rapport à 2006. Les supermarchés en particulier ont vu leur sinistralité augmenter en 2006 : 34 défaillances par rapport aux 29 défaillances en 2005, soit + 17,2%.
" Les marges sont sous pression et les groupes n'ont d'autre alternative que de développer leur activité pour améliorer leurs résultats. Les trois modes de développement qui s'offrent à eux doivent être optimisés. Tout d'abord, l'internationalisation est encore limitée et la rentabilité de l'étranger est globalement insuffisante. Les groupes doivent se recentrer, pour accélérer leur développement dans des pays où ils figureront parmi les leaders. Il ne s'agit plus d'être présent partout, mais fort sur des marchés clés pour être rentable.
Deuxièmement, la redistribution des cartes est appelée à continuer et les gagnants de demain devront participer à la consolidation des marchés qui s'opérera en priorité à l'échelon local. Enfin, les distributeurs doivent optimiser leur offre commerciale - MDD, non-alimentaire - et faire évoluer leur format de magasin pour booster leur croissance organique. Quant à la France, la refonte de la loi Galland et la restauration de la concurrence entraînent la dégradation régulière des marges et fragilisent les plus petites affaires dont les défaillances sont en hausse ", conclut Annie Girac.
* EDLP : Every day low price
N°1 de l'assurance-crédit en France, Euler Hermes SFAC, filiale du groupe Euler Hermes, contribue au développement rentable des entreprises en garantissant leur poste clients. Sa mission est de prévenir le risque clients, recouvrer les créances impayées et indemniser les pertes subies.
Euler Hermes est le leader mondial de l'assurance-crédit et l'un des leaders de la caution. Avec 5 500 salariés présents dans 48 pays, Euler Hermes offre une gamme complète de services pour la gestion du poste clients.
Euler Hermes, filiale d'AGF, membre du groupe Allianz, est coté à Euronext Paris. Le groupe et ses principales filiales d'assurance-crédit sont notés AA- par Standard & Poor's.
Source : EULER HERMES SFAC