Achats et logistique : bien emballer, c’est peser !

Après les stocks, les Cahiers Techniques de Physical Supply Chains se penchent sur un poste d’optimisation situé au carrefour des achats et de la logistique : l’emballage. Souvent méconnues, les nouvelles pistes d’économies associées sont pourtant nombreuses : gestion rationnelle du cycle de vie de l’emballage, choix des matières, produits spécifiques et optimisation environnementale sont notamment au menu. Une bonne raison de réconcilier acheteurs et techniciens logistiques ? Le point avec Olivier Hugo, consultant pour ERA.



Achats et logistique : bien emballer, c’est peser !
1-Quelle place occupe aujourd’hui le marché de l’emballage en France ? Quelles tendances sont à relever sur ce sujet ?

Les fabricants d’emballages représentent environ 3000 établissements parmi lesquels 900 entreprises de plus de 20 salariés. Une étude menée par l’Observatoire de l’Emballage montre que le papier-carton se situe en première position dans la répartition des achats des emballages (43%), suivi par le plastique (35%).
Cette étude révèle en outre une hausse des préoccupations environnementales. Plus de la moitié des personnes interrogées pensent acheter, à moyen terme, des emballages composés à partir de biomatériaux. La consommation de ce type d’emballage devrait croître sensiblement dans la période à venir.
Les acheteurs français d’emballages ont donc peu de souci à se faire sur la qualité et la variété de l’offre nationale. Le marché est porteur et Paris a d’ailleurs confirmé son rang de capitale mondiale de l’emballage et du design packaging, à l’occasion de son dernier salon international de l’emballage.

2-Comment choisir un emballage adapté aux problématiques de l’entreprise ?

Les emballages assurent diverses fonctions comme la protection, la conservation, le stockage, la contenance, la publicité, etc. Ils se présentent donc sous de multiples formes et se composent de multiples matériaux en vue de répondre à ces diverses fonctions.
Plusieurs catégories d’emballages peuvent remplir la même fonction. Mais l’étude des coûts de production, qui s’ajustent sur le cours des matières premières, les coûts de mise en œuvre et de distribution ou encore les quantités nécessaires, permet en partie de déterminer laquelle est la mieux adaptée au besoin de l’entreprise.
La variété des solutions et la multitude de l’offre sont telles qu’il est primordial de bien cerner ce besoin de l’entreprise au préalable, pour savoir sur quel marché se positionner et vers quels fournisseurs se tourner pour des consultations. Après avoir segmenté les besoins en emballages, il faut ensuite explorer des marchés spécifiques pour chacun de ces segments, eux-mêmes classés selon plusieurs critères : la localisation des fournisseurs (pour les produits de faible valeur ajoutée du type carton, palettes, etc…), leur positionnement sur un marché donné (un extrudeur spécialisé dans la gaine PEBD de faible diamètre ne sera souvent pas compétitif pour les gaines de grand diamètre), leur taille (sur le marché du carton par exemple, les onduleurs, les transformateurs et les distributeurs sont souvent adaptés à un type de consommateur précis en termes de taille critique)…

3-L’aspect environnemental joue-t-il actuellement un rôle important ?

Il est clair que les entreprises sont de plus en plus concernées par le recyclage de leurs emballages. On observe d’ailleurs que nombreuses sont celles qui affichent la volonté de prendre en considération l’environnement dans leur démarche d’optimisation, et ce même en cette période de crise économique. Le tri des déchets est par exemple aujourd’hui largement répandu dans le monde industriel.
Cependant, s’il s’avère que ce sont généralement davantage les aspects légaux et financiers, le respect de normes spécifiques, les impératifs marketing ou les intérêts économiques qui influencent les entreprises dans le choix de leurs emballages, tandis qu’il s’impose à elles de veiller au minimum à ne pas détériorer le bilan environnemental lors de la mise en œuvre de stratégies spécifiques sur l’emballage. Remplacer un emballage réutilisable par un emballage perdu générant plus de déchets n’est ainsi plus accepté aujourd’hui par les entreprises, même si l’économie générée est importante. En revanche, le consommateur final est responsable par ses choix du type d’emballage que l’industriel devra utiliser pour son conditionnement. Chacun de nous, particulier ou professionnel, peut peser sur toute la chaîne et imposer de nouveaux critères en refusant les produits suremballés qui existent encore en masse. À nous de jouer donc.

4-Dans quelle mesure l’emballage permet-il aux entreprises de réaliser des économies à l’achat ou à l’usage ?

Le type d’emballage a un impact financier et technique sur d’autres secteurs d’activité de l’entreprise, comme par exemple le transport ou bien la gestion des déchets.
Un emballage optimisé peut donc favoriser des économies sur plusieurs postes de dépenses différents. Par exemple, certains films étirables techniques autorisent une réduction du volume des déchets de l’ordre de 50%, et cela tout en réalisant des économies à l’achat. Renforcer un emballage de regroupement peut parfois permettre de gerber des palettes dans un camion et ainsi réduire la surface de plancher nécessaire, et donc le coût global.
Seule une connaissance parfaite du marché permet ensuite de trouver des solutions et formats innovants pour résoudre d’autres problématiques telles que la sécurité, la diminution des réclamations, les problèmes de casse pendant le transport, etc.

5-Avez-vous des exemples concrets d’entreprises ayant généré des économies importantes sur ce poste de l’emballage ?

Nous pourrions citer JCB Industries, société qui produit des éléments tubulaires pour de grands groupes industriels, les travaux publics et l’agriculture. La société possède trois usines dont elle souhaitait coordonner les achats et les fournisseurs d’emballages.
Nous avons effectué une analyse sur certains des achats de fabrication et sur les catégories transport, intérim, énergie, taxes et charges sociales ainsi que sur les emballages. La société avait accumulé un grand nombre de fournisseurs au fil des années. Elle n’avait ni le temps ni les ressources internes pour étudier une rationalisation de ses coûts et de ses procédures.
Sur le poste emballages, notre intervention a permis de ramener le nombre de fournisseurs de 23 à 4, et ce seulement en sélectionnant ceux qui répondaient au mieux à l’ensemble des critères établis par JCB avec notre concours.
Grâce à cette stratégie de rationalisation, chacun des fournisseurs a pu proposer des conditions tarifaires, logistiques et de production plus intéressantes. C’est ainsi que JCB Industries a réalisé 21% d’économies sur son budget d’emballages (cartons, palettes et divers).

Achats et logistique : bien emballer, c’est peser !
Propos recueillis par Physical Supply Chains auprès de Olivier Hugo, consultant pour ERA (Expense Reduction Analysts) et spécialiste des emballages.
Crédit photo : © nikkytok - Fotolia.com

Mardi 26 Janvier 2010


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